La transnationalisation du religieux par la musique

Colloque international

Laboratoire de musicologie comparée et d’anthropologie de la musique (MCAM) de l’Observatoire interdisciplinaire de création et de recherche en musique (OICRM)

La transnationalisation du religieux se traduit par une délocalisation et une relocalisation des croyances, rituels et pratiques religieuses qui se réalise au-delà du cadre national étatique, dans des espaces réels ou symboliques, et le plus souvent au moyen de nouveaux imaginaires et récits identitaires (Capone 2005). Si l’analyse de cette transnationalisation religieuse a permis de mettre en lumière divers processus par lesquels le religieux transcende les frontières, il est frappant de constater que la musique est rarement appréhendée pour le rôle qu’elle y joue. Or, ce dernier est essentiel dans la transnationalisation des religions à vocation universelle comme l’Islam ou le Christianisme. La musique contribue aussi activement à la migration des religions de terroir, des mouvements néo-traditionalistes et des cultes associés à une localité d’origine, tels que le vodou haïtien, la santeria cubaine ou le candomble brésilien. Ces phénomènes musicaux, loin d’être nouveaux, ont d’abord donné le jour à des proto-mondialisations religieuses (Irving 2010). Aux XVIe et XVIIe siècles, les Jésuites ont par exemple utilisé la musique baroque européenne pour implanter le catholicisme romain en Chine (Picard 2002), en Éthiopie (Damon 2009) et dans la Cordillère des Andes (Carme 1989).

Au cours du XXe siècle, l’émergence de nouveaux moyens de transports et supports de communication a accéléré les transferts musicaux qui se réalisent désormais à des échelles plus globales. Conséquence de ces changements, les répertoires religieux transnationaux revêtent aujourd’hui une multiplicité de formes, qui va du gospel noir américain (Williams-Jones 1975) au rock chrétien japonais (Stevens 2004), en passant par le hip hop musulman suédois (Ackfeldt 2012), la musique hindoue de Martinique (Desroches 1996) et les hymnes pentecôtistes de Tanzanie (Barz 2003) et de Papouasie-Nouvelle-Guinée (Webb 2011).

Si la transnationalisation musicale du religieux est historiquement liée à l’évangélisation, l’esclavage et la colonisation, elle s’observe aussi dans le contexte de la migration et, plus largement, lors du déplacement des musiciens, de la circulation des recueils de chants et de la diffusion des enregistrements, sur des supports matériels (disques, cassettes, CDs, DVDs) et immatériels (radio, télévision, Internet). Dans tous ces contextes, les rythmes, mélodies, paroles des chants, répertoires, danses et instruments circulent et véhiculent des significations qui participent à la recomposition des univers de sens, des identités religieuses, des rituels, des prières et des modes d’incarnation du divin.

En étudiant ainsi la mobilité musicale et sa réception dans des contextes localisés, ce colloque se donne pour objectif de comprendre comment et sous quelle forme la musique « migre » conjointement aux cultes qu’elle accompagne, comment elle participe à la fabrique de sociétés plurielles et le rôle fondamental qu’elle joue dans l’invention et la réinvention des idées, des identités et des pratiques religieuses en contexte transnational. Il deviendra alors possible de faire ressortir les positionnements, malentendus et postures musicales ambivalentes qui résultent de ces processus transnationaux et qui s’articulent autour de choix religieux, esthétiques ou politiques. Par ailleurs, en engageant ainsi un dialogue entre musicologues, historiens de la musique, ethnomusicologues, anthropologues et sociologues des faits musicaux, ce colloque a pour ambition d’apporter de nouveaux éclairages à un phénomène souvent étudié d’un point de vue essentiellement religieux. 

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